À Moscou, le président congolais Félix Tshisekedi a défendu la diversification des partenariats internationaux de la RDC, tout en réclamant l’application des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur la crise sécuritaire dans l’est. Il a également plaidé pour une réforme de la gouvernance mondiale qui accorde à l’Afrique une place à la hauteur de ses ambitions.
La diversification des partenariats internationaux ne saurait se traduire par un alignement géopolitique. C’est le message porté par Félix Tshisekedi au 3e sommet Russie-Afrique, à Moscou, où le président de la République démocratique du Congo a revendiqué une diplomatie fondée sur l’indépendance de jugement et la défense des intérêts de la population congolaise. « Pour nous, diversifier nos partenariats n’est pas choisir un camp : c’est renforcer notre liberté de décision au service de nos populations », a-t-il déclaré, présentant l’ouverture de Kinshasa à ses partenaires comme un choix souverain plutôt que comme une prise de position dans les rivalités entre puissances.
Le chef de l’État a inscrit cette orientation dans la perspective d’un monde multipolaire, où chaque pays, indépendamment de son poids économique ou militaire, doit pouvoir exercer pleinement sa souveraineté. Une évolution qui, selon lui, ne peut se faire au détriment des principes fondamentaux du droit international, notamment le respect de la Charte des Nations unies, de l’intégrité territoriale et du règlement pacifique des différends.
-L’Est de la RDC au cœur des exigences de paix-
Au-delà des équilibres géopolitiques, Félix Tshisekedi a ramené les échanges à Moscou à l’urgence sécuritaire dans l’Est de la RDC. Il a dénoncé le lien entre l’exploitation illicite des ressources naturelles et la persistance des violences, dans une région où les populations continuent de subir les conséquences de la guerre. « Les ressources exploitées illicitement financent la guerre, et la guerre interdit le développement », a-t-il fait valoir, résumant ainsi le cercle vicieux qui prive les communautés locales de paix et de perspectives économiques.
Pour Kinshasa, la priorité demeure l’instauration d’une paix durable, assortie de garanties de sécurité pour les citoyens et du rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Dans cette perspective, le président congolais a rappelé les exigences contenues dans les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a notamment cité la cessation des hostilités, le retrait du M23 des zones occupées, quelle que soit l’appellation adoptée par ce mouvement, ainsi que la fin du soutien des Forces de défense rwandaises au M23 et leur retrait du territoire congolais.
Il a également insisté sur la nécessité de mettre un terme à tout appui aux groupes armés et de respecter les engagements relatifs à la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
Ce rappel place la question congolaise au cœur des principes de souveraineté et d’intégrité territoriale défendus par Kinshasa. Il traduit aussi la volonté des autorités congolaises de voir les engagements internationaux se concrétiser sur le terrain, alors que la guerre continue de compromettre la sécurité des populations et le développement de l’est du pays.
Le discours présidentiel ne s’est pas limité à la crise congolaise. Félix Tshisekedi a également plaidé pour le maintien des canaux diplomatiques dans les conflits qui secouent d’autres régions du monde, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient.
Même lorsque les positions des protagonistes semblent inconciliables, le dialogue et la diplomatie doivent rester des voies privilégiées, a-t-il défendu, en insistant sur la protection des civils.
Le président congolais a, par ailleurs, mis en évidence les répercussions de ces conflits sur les économies africaines. La hausse du prix des denrées alimentaires, des engrais et de l’énergie illustre, selon son argumentaire, combien les guerres dépassent les frontières des territoires où elles se déroulent et affectent directement les conditions de vie des populations.
-L’Afrique réclame sa place dans la gouvernance mondiale-
Autre axe majeur de son intervention : la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. Félix Tshisekedi a estimé que l’Afrique devait peser davantage dans les décisions internationales qui engagent son avenir.
Il a défendu une réforme capable de corriger l’injustice historique subie par le continent, conformément à la position africaine commune consacrée par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte.
Au-delà de la représentation africaine au sein de l’instance onusienne, le chef de l’État congolais a plaidé pour une meilleure articulation entre l’action des Nations unies et les mécanismes africains de prévention et de règlement des conflits.
À Moscou, Félix Tshisekedi a ainsi articulé trois priorités : préserver l’autonomie diplomatique de la RDC, obtenir des avancées concrètes vers la paix dans l’Est et renforcer le poids politique de l’Afrique dans les institutions internationales. Une ligne qui entend concilier ouverture aux partenaires, défense de la souveraineté nationale et exigence d’un ordre mondial plus équitable.
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