Le dialogue national voulu par Félix Tshisekedi sera inclusif, mais pas sans conditions. Dans son adresse à la Nation ce jeudi 27 août, le Président de la République a tracé une ligne rouge : ceux qui combattent l’ordre constitutionnel par les armes ne pourront pas prendre part aux assises en qualité de composantes politiques.
« Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle », a martelé Félix Tshisekedi, donnant ainsi le ton d’un processus qu’il veut à la fois ouvert et strictement encadré.
Le chef de l’État assure que le dialogue ne sera fermé à aucune sensibilité en raison de ses opinions, de son appartenance politique, de son origine provinciale, de sa langue, de son ethnie ou de sa religion. Mais cette inclusivité, prévient-il, « ne signifie ni l’effacement des principes, ni la confusion des responsabilités ».
Pour le président congolais, la prise des armes ne peut constituer un raccourci vers la légitimité politique. « Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît aux citoyens », a-t-il insisté. Même logique pour les conquêtes territoriales : elles ne pourront, selon lui, être transformées en capital politique à la faveur du dialogue.
Cette position vise directement les mouvements armés qui, au moment de l’ouverture du processus, combattent l’ordre constitutionnel, occupent des portions du territoire national, administrent illégalement certaines entités ou agissent, selon les termes du président, au service d’une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda.
Félix Tshisekedi refuse ainsi que le dialogue national devienne une nouvelle scène de négociation avec les groupes armés. Pour les questions liées à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement ou au désarmement, il renvoie au processus de paix en cours, notamment celui de Doha. Le dialogue national, précise-t-il, « ne se substituera pas à ce processus ».
Une porte entrouverte pour ceux qui déposent les armes
Si la porte est fermée aux mouvements armés en tant que composantes politiques, elle n’est toutefois pas définitivement condamnée pour leurs membres.
Le président de la République prévoit une voie de réintégration pour ceux qui, individuellement, renonceront « de manière sincère et vérifiable » à leur engagement armé et à toute forme de violence. Ils devront également condamner sans équivoque l’agression du territoire congolais.
Cette réintégration devra passer par les mécanismes de désarmement, de démobilisation et de réintégration, ainsi que par les dispositifs de relèvement communautaire, de stabilisation et de réconciliation.
Mais là encore, Félix Tshisekedi fixe une seconde limite : la paix ne pourra pas être synonyme d’impunité. Les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide, violences sexuelles graves et autres crimes imprescriptibles ne pourront être effacés au nom d’un compromis politique.
Le message présidentiel est donc sans ambiguïté : le dialogue sera ouvert aux divergences politiques, mais pas à la violence comme moyen d’accès au pouvoir. Pour Félix Tshisekedi, la réconciliation nationale devra se construire sans consacrer la loi du plus fort ni transformer les armes en levier de légitimité.
Redaction

