Le docteur Denis Mukwege plaide pour la justice des victimes des massacres de Kasika au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, 28 ans après ce drame qui a déchiré plusieurs familles.
Le prix Nobel souligne que la paix durable en RDC ne pourra être bâtie sur l’impunité et les doubles standards. La justice transitionnelle doit impérativement garantir aux victimes quatre (4) droits fondamentaux : la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition.
« Vingt-huit ans après Kasika, il est temps de briser le cycle de la violence et de l’impunité, d’établir toute la vérité, de rendre justice aux victimes et de mettre fin aux violations récidivistes du droit international et des droits humains dans l’Est du Congo. Vingt-huit ans après Kasika, nous refusons que le silence et l’oubli constituent une seconde injustice envers les victimes. Nous n’oublions pas Kasika. Nous n’oublions pas les victimes », soutient Mukwege.
À travers cette démarche, le toubib vise la création d’un mécanisme judiciaire crédible pour juger les crimes du passé et du présent, notamment une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que des chambres mixtes ou hybrides au sein des juridictions congolaises.
« Nous appelons la République démocratique du Congo et la Communauté internationale à mettre en œuvre les recommandations du Rapport mapping, à enquêter sur les crimes commis au cours des trente dernières années et à poursuivre leurs auteurs et leurs commanditaires, qu’ils soient congolais ou étrangers, membres de groupes armés ou responsables étatiques », a martelé M. Mukwege.
Pour le prix Nobel de la paix, commémorer Kasika ne peut donc être un simple devoir de mémoire, car celui-ci doit devenir une exigence de justice.
« La mémoire doit devenir une exigence de justice. Les noms et les structures changent, mais les populations congolaises continuent de subir les massacres, les violences sexuelles, les déplacements forcés et la destruction de leurs villages. Ces agressions criminelles chroniques doivent être reconnues et sanctionnées », a-t-il insisté.
M. Mukwege a fait savoir que lorsque les auteurs et les commanditaires de crimes aussi graves ne sont jamais jugés, le message envoyé est que les crimes peuvent être répétés sans conséquence.
Depuis près de trente ans, a-t-il poursuivi, une même logique se répète : le recours à des groupes armés congolais et étrangers comme instruments d’une stratégie régionale, permettant au Rwanda d’intervenir en RDC tout en dissimulant ou en minimisant sa responsabilité directe. Denis Mukwege remonte l’histoire de rébellions, notamment avec l’AFDL puis le RCD-Goma ; ensuite le CNDP ; puis le M23 ; aujourd’hui encore, le M23 sous la bannière de l’AFC-M23-Twiraneho / Red Tabara ».
Rédaction

