Kalev Mutond, l’ex-tout puissant patron de l’ANR sous Kabila, n’est plus 

L’ancien administrateur général de l’Agence nationale de renseignements (ANR), Kalev Mutond, est décédé lundi 5 octobre à Paris, en France, selon une source proche de sa famille. Figure majeure de l’appareil sécuritaire sous Joseph Kabila, il a dirigé les renseignements congolais pendant près de huit ans, entre 2011 et 2019, avant d’être rattrapé par des accusations de tortures, d’arrestations arbitraires et de violations des droits humains.

Né le 3 mars 1957 dans la partie méridionale du Katanga, Kalev Mutond a commencé sa carrière au bas de l’échelle des services de renseignements, comme agent pointeur devant les chancelleries occidentales de Kinshasa, au sein de l’ancien service qui a précédé l’ANR. Son ascension professionnelle l’a conduit à rejoindre, vers 1997, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), la rébellion conduite par Laurent-Désiré Kabila, père de Joseph Kabila, avant de poursuivre son parcours dans les structures sécuritaires du pays.

En 2007, il devient administrateur principal du département de la sécurité intérieure de l’ANR. Quatre ans plus tard, en octobre 2011, il accède au poste d’administrateur général, équivalent de directeur général. À la tête de cette institution stratégique, il s’impose comme l’un des hommes de confiance de Joseph Kabila, dont il demeure proche même après l’alternance politique de 2019.

Mais son passage à la tête des renseignements est également marqué par de lourdes accusations. En août 2016, il fait l’objet d’une plainte aux États-Unis pour torture, déposée par un conseiller américain de l’opposant Moïse Katumbi. En décembre de la même année, le département du Trésor américain le sanctionne pour son rôle présumé dans les violences, les arrestations et les actes de torture visant des membres de l’opposition qui manifestaient contre le report de l’élection présidentielle. Washington lui reproche également une implication dans l’exportation illégale de minerais.

En mai 2017, l’Union européenne lui impose à son tour des sanctions pour son rôle présumé dans de graves violations des droits humains liées à la répression politique. Ces mesures sont reconduites jusqu’en 2020. Elles seront toutefois contestées avec succès par l’ancien patron de l’ANR devant la Cour de justice de l’Union européenne, qui juge, en mars 2023, les éléments à charge insuffisants. Les sanctions sont levées en juin de la même année.

Remplacé en mars 2019 par Justin Inzun Kakiak à la tête de l’ANR, Kalev Mutond reste dans l’entourage de Joseph Kabila. En février 2020, il est interpellé à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, pour usage présumé illégal d’un passeport diplomatique. Relâché peu après, il se voit interdire de quitter le territoire national et est également accusé de tentative de déstabilisation.

L’étau judiciaire se resserre en février 2021, lorsque le parquet général près la cour d’appel de Kinshasa-Gombe ouvre une enquête le visant pour tortures, menaces de mort, arrestations arbitraires et tentative d’assassinat, en lien avec des faits présumés commis durant son passage à l’ANR. Le mois suivant, son domicile est perquisitionné et un avis de recherche est lancé contre lui. Il disparaît alors de la scène publique et part en exil.

Après plusieurs mois d’absence, Kalev Mutond rentre en République démocratique du Congo en septembre ou octobre 2022, à la suite de négociations présumées avec les autorités. Il demande pardon pour les actes qui lui sont reprochés. Parmi ses anciens détracteurs, Jean-Bertrand Ewanga, présenté comme l’une de ses victimes, plaide pour le classement des plaintes.

Le 10 août 2023, le procureur général près la cour d’appel de Kinshasa-Gombe, Robert Kumbu, annonce la suspension de l’avis de recherche émis contre lui, estimant que les motifs ayant justifié cette mesure ne subsistent plus. Cette décision suscite toutefois des contestations. Jean-Claude Muyambo, qui affirme avoir été victime de tortures sous l’ancien régime, porte plainte contre le magistrat pour l’arrêt des procédures.

Avec la disparition de Kalev Mutond, c’est une figure controversée des services de renseignements congolais qui s’éteint. Les circonstances exactes de son décès à Paris n’ont pas encore été précisées.

Rédaction