Est de la RDC: Fin des tensions diplomatiques belgo-rwandaises, Kinshasa au cœur des enjeux 

Le rétablissement des relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda, annoncé le 22 septembre 2026 en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, dépasse le simple cadre bilatéral. Parce que leur rupture était directement liée à la guerre dans l’est de la RDC, leur rapprochement constitue un nouvel élément dans l’équation diplomatique autour du conflit congolais. 

Pour Kinshasa, l’enjeu sera de préserver la question de la souveraineté congolaise au cœur des discussions qui se réorganisent autour de Kigali. La Belgique et le Rwanda tournent officiellement la page de dix-huit mois de rupture diplomatique. Les deux pays ont annoncé la réouverture prochaine de leurs ambassades et la reprise d’un dialogue régulier, après plusieurs mois de contacts entre leurs ministres des Affaires étrangères. Le Qatar, qui avait facilité leur première rencontre à Doha en juin 2025, est crédité d’un rôle important dans ce rapprochement.

Mais derrière la poignée de main de New York entre les ministres des affaires étrangères Maxime Prévôt de la Belgique et Olivier Ndungihire du Rwanda, se trouve une question qui concerne directement la République démocratique du Congo : la guerre dans les Kivu. Kigali avait rompu avec Bruxelles en mars 2025, accusant la Belgique de prendre parti pour Kinshasa dans le conflit. Cette crise diplomatique était intervenue alors que l’AFC-M23 poursuivait son offensive dans l’est congolais, avec la prise de Goma puis de Bukavu. Les Nations unies et plusieurs gouvernements occidentaux ont accusé le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali dément.

Le rétablissement des relations ne signifie toutefois pas que Bruxelles renonce à ses positions sur la RDC. Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a explicitement affirmé que la Belgique continuerait de défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté congolaises. Il a également indiqué que le dialogue belgo-rwandais porterait toujours sur les divergences liées à l’est de la RDC.

Pour Kinshasa, cette nuance est déterminante. Le retour au dialogue entre Bruxelles et Kigali peut modifier les canaux par lesquels se discutent désormais les questions sécuritaires régionales. La Belgique, membre de l’Union européenne, conserve en effet une capacité d’influence dans les débats européens sur les sanctions, la coopération et la situation dans les Grands Lacs.

La RDC devra donc observer avec attention ce nouveau rapprochement. La normalisation entre la Belgique et le Rwanda ne règle pas le conflit congolais ; elle redessine plutôt son environnement diplomatique. Les différends sur la souveraineté de la RDC, le rôle du Rwanda et l’avenir du processus de paix demeurent sur la table. Le véritable enjeu pour Kinshasa sera de faire en sorte que le réchauffement belgo-rwandais ne transforme pas la question congolaise en simple variable d’un nouvel équilibre régional.

Willy Makumi Motosia