Les activités ont repris le mardi 14 juillet au Centre de traitement d’Ebola (CTE) de Rwampara, situé à une douzaine de kilomètres de Bunia, dans la province de l’Ituri, après une journée de grève observée le lundi par les équipes de la riposte. Si ce retour au travail rassure les populations, il demeure toutefois conditionnel. Les prestataires exigent le paiement de leurs salaires et primes dans un délai de 72 heures, faute de quoi ils menacent de suspendre à nouveau les soins.
La société civile de la chefferie des Bahema d’Irumu salue cette reprise des activités, tout en exprimant de vives inquiétudes quant à la fragilité de la situation. Elle redoute qu’une nouvelle interruption ne compromette davantage la prise en charge des malades.
« Une seule journée de grève a déjà eu des conséquences dramatiques. Des patients n’ont pas pu accéder au centre de traitement et certains seraient décédés à domicile faute de soins. Nous demandons au Gouvernement de répondre rapidement aux revendications des équipes de la riposte. À défaut, il portera la responsabilité de toute perte en vies humaines si le centre venait à fermer de nouveau », a déclaré Isaac Nyakulinda, président de la société civile locale.
Lundi, les soignants avaient paralysé les activités du centre en érigeant des barricades de pneus enflammés et en bloquant temporairement les accès au site pour dénoncer plusieurs semaines d’impayés.
Les médecins affirment n’avoir perçu ni salaires ni primes depuis la découverte de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, officiellement déclarée le 15 mai par les autorités congolaises.
« Depuis le 15 mai, nous prenons en charge les malades sans être rémunérés. Nous poursuivons notre mission par devoir, mais les conditions de travail sont extrêmement difficiles », a expliqué le Dr Pascal Bahoya, médecin au CTE de Rwampara.
Le Dr Jérémie Bataga évoque également un profond découragement au sein des équipes, tout en assurant que les soignants continuent d’accomplir leur mission par conscience professionnelle.
Initialement fixé à 48 heures, l’ultimatum accordé au Gouvernement a été prolongé à 72 heures à la faveur de la reprise des activités. Les prestataires préviennent qu’en cas de non paiement de leurs arriérés, ils déclencheront une « grève sèche », sans service minimum.
En mission en Ituri, le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a reconnu les retards de paiement, les attribuant à des difficultés organisationnelles, tout en assurant que des dispositions sont en cours pour régulariser la situation.
Cette menace de grève sèche intervient alors que l’épidémie continue de progresser. Selon le dernier bilan officiel publié mardi, la RDC totalise 1 963 cas confirmés et 719 décès. L’Institut national de santé publique (INSP) fait également état de 112 contaminations parmi les agents de santé, dont 35 décès, illustrant les risques auxquels sont exposés les équipes médicales.
À ce jour, cinq provinces sont affectées par la maladie : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uélé. L’Ouganda voisin a également enregistré une vingtaine de cas, dont deux décès.
Malgré la mobilisation de 1,5 milliard de dollars par les partenaires internationaux pour soutenir la riposte, les défis demeurent considérables. L’épidémie est provoquée par le virus Bundibugyo, contre lequel aucun vaccin ni traitement homologué n’existe encore, même si des essais cliniques sont actuellement en cours.
Redaction

