Représentant le Président Félix Tshisekedi à la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre Judith Suminwa a livré, le 23 septembre à New York à 2H du matin de Kinshasa, un discours centré sur la réforme du multilatéralisme, la guerre dans l’Est de la RDC, la souveraineté sur les ressources minières et les défis du développement. Par son message, Kinshasa appelle à une application uniforme du droit international et à la transformation des richesses congolaises en levier d’industrialisation.
La République démocratique du Congo a choisi la tribune des Nations unies pour porter un message à la fois diplomatique et exigeant. Au débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale, la Première ministre Judith Suminwa, représentant le Chef de l’État Félix Tshisekedi, a placé la question de la crédibilité du multilatéralisme au cœur de son intervention.
Sous le thème de la session « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous » Kinshasa a dénoncé les incohérences dans l’application des principes internationaux. La Première ministre a notamment estimé qu’il ne pouvait y avoir de confiance durable lorsque les mêmes règles varient « selon les peuples, les crises ou les circonstances ». La RDC réclame ainsi le respect de l’égalité souveraine des États, de l’intégrité territoriale, du règlement pacifique des différends et de l’interdiction du recours à la force.
L’Est de la RDC au centre du plaidoyer
Sans détour, Judith Suminwa a consacré une large partie de son discours à la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Elle a évoqué plusieurs décennies d’attaques, de déplacements forcés, de violences sexuelles et de recrutement d’enfants. Elle a également accusé le Rwanda de mener, sous couvert de l’AFC/M23, une guerre d’agression contre la RDC, tout en mentionnant les exactions attribuées à d’autres groupes armés, notamment les ADF et la CODECO.
Kinshasa affirme toutefois privilégier la voie diplomatique. La Première ministre a cité l’Accord de paix de Washington du 27 juin 2025, le processus de Doha ainsi que la feuille de route de l’Union africaine comme autant de cadres devant contribuer au règlement de la crise. Mais elle a insisté sur un point : pour les millions de Congolais touchés par la guerre, la paix reste encore une promesse.
Le gouvernement congolais demande surtout l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, notamment la cessation des hostilités, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien aux groupes armés, le désengagement de l’AFC/M23, le démantèlement des administrations parallèles et le rétablissement de l’autorité de l’État. « Nous n’attendons pas de nouveaux textes », affirme le discours, « nous attendons leur exécution ».
Dialogue national et cohésion interne
Sur le front intérieur, Judith Suminwa a défendu le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État lancé par Félix Tshisekedi le 28 août. Selon le discours, ce processus doit rassembler les forces politiques et sociales attachées à la République, à la Constitution, à l’intégrité territoriale et au rejet de la violence.
Kinshasa assure que ce dialogue ne vise ni à contourner les institutions ni à organiser un partage du pouvoir, mais à s’attaquer aux fragilités structurelles du pays. La Première ministre a cependant établi une distinction entre crise interne et conflit extérieur : le dialogue national, affirme-t-elle, ne doit pas transformer une agression extérieure en simple différend domestique.
Des minerais de conflit aux minerais de transformation
Autre axe majeur : les ressources naturelles. La RDC veut rompre avec le modèle dans lequel elle exporte principalement des matières premières tandis que la transformation, les technologies et une grande partie de la valeur ajoutée sont réalisées ailleurs.
Cuivre, cobalt, lithium et autres minerais critiques placent le pays au cœur de la transition énergétique mondiale. Kinshasa plaide donc pour une transformation locale accrue, le développement des précurseurs de batteries, la formation d’ingénieurs et l’intégration des entreprises congolaises aux chaînes de valeur internationales. Le discours appelle également à des chaînes d’approvisionnement traçables et responsables, avec pour objectif affiché : « zéro enfant dans les mines ».
Le Corridor de Lobito est présenté comme un possible instrument de cette stratégie, à condition qu’il dépasse la simple évacuation des minerais vers les ports pour devenir un axe d’industrialisation régionale.
Éducation, santé et climat : l’autre visage de la souveraineté
La Première ministre a enfin mis en avant les politiques sociales du gouvernement, notamment la gratuité de l’enseignement primaire, la couverture santé universelle et la riposte contre l’épidémie d’Ebola. Elle a également insisté sur la protection du bassin du Congo, le financement climatique et le projet de Corridor vert Kivu-Kinshasa.
Au terme de son intervention, Kinshasa a résumé sa vision autour d’une exigence : restaurer la confiance dans les institutions internationales en garantissant une application cohérente du droit, tout en transformant la RDC sur son propre territoire. Un plaidoyer qui relie ainsi sécurité, souveraineté, minerais, développement et réforme du système multilatéral.
Willy Makumi Motosia

