Le temps presse pour les Léopards basketball. À l’approche du deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du monde 2027, la sélection nationale se retrouve confrontée à une incertitude financière susceptible de compromettre sa participation. Une situation qui dépasse la seule question du financement public et remet au premier plan la capacité de la Fédération de basketball du Congo (FEBACO) à préparer ses échéances.
Le problème n’est pas nouveau. Le basketball congolais a déjà traversé pareilles turbulences lors de précédentes campagnes internationales. En 2017, le retour des Léopards à l’Afrobasket en Tunisie avait nécessité des efforts financiers importants. Deux ans plus tard, la sélection avait encore évolué dans un contexte délicat avant de décrocher l’AfroCan au Mali.
À l’époque, la fédération conduite par feu Boniface Muawatadi Banjila Shibondo avait notamment pris les devants en préfinançant certaines opérations, avant que l’État ne vienne compléter l’effort. Cette expérience démontrait pourtant qu’une campagne internationale se prépare plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant le premier entre-deux. Aujourd’hui, le même problème ressurgit.
–Le financement public ne peut être l’unique solution-
Dans le paysage sportif congolais, le football capte naturellement l’essentiel de l’attention médiatique, des sponsors et des ressources publiques. Pour les autres disciplines, cette réalité impose davantage d’initiative et de créativité.
La FEBACO devait donc intégrer cette contrainte dans sa stratégie. Une participation au deuxième tour des éliminatoires du Mondial ne peut raisonnablement dépendre d’un déblocage financier intervenant à la dernière minute.
Depuis l’installation du comité exécutif actuel en 2023 à Goma, la fédération avait pourtant le temps de travailler sur des mécanismes capables de sécuriser les campagnes des Léopards : partenaires privés, sponsoring, valorisation commerciale de la sélection, communication autour des joueurs ou encore constitution d’une réserve destinée aux compétitions internationales.
La question est donc moins de savoir si l’État doit soutenir les Léopards que de déterminer quelle part de responsabilité revient à la fédération dans la recherche et la sécurisation des moyens nécessaires.
La situation actuelle soulève également une autre interrogation : celle de la gestion financière. Des moyens avaient été débloqués par le Trésor public pour permettre aux Léopards de participer à la première fenêtre des éliminatoires. Ces ressources ont-elles uniquement servi aux besoins de cette étape ou une partie avait-elle été anticipée pour la suite de la compétition ?
La question mérite une réponse claire, non pour désigner des responsables à tout prix, mais parce que la gestion d’une sélection nationale exige de la visibilité.
Une fédération qui reçoit des financements publics, bénéficie de partenaires ou mobilise des ressources autour d’une équipe nationale doit pouvoir expliquer comment celles-ci sont utilisées et quelles dispositions sont prises pour les échéances suivantes.
La transparence ne doit donc pas apparaître uniquement lorsque la crise éclate. Elle doit accompagner toute la gestion d’une campagne internationale.
-Le problème dépasse les Léopards-
Derrière cette nouvelle alerte financière se cache une faiblesse plus profonde : celle de l’écosystème du basketball congolais.
La discipline reste particulièrement active dans un nombre limité de provinces. Sur les 11 ligues provinciales, seules quelques-unes disposent d’une activité suffisamment régulière et structurée. Cette concentration réduit le nombre de joueurs susceptibles d’alimenter la sélection, mais aussi les possibilités de développement économique du basketball.
Les infrastructures construites ou réhabilitées ces dernières années constituent une base intéressante. Encore faut-il leur donner du contenu : compétitions régulières, formation, détection, événements, communication et présence permanente auprès du public.
Une salle moderne ne suffit pas à faire vivre une discipline. Il faut un championnat attractif, des joueurs identifiés, des compétitions suivies et une véritable stratégie pour transformer cette visibilité en ressources.
–La FEBACO doit changer de méthode-
L’État a évidemment sa part de responsabilité. Une sélection qui représente la RDC dans une compétition mondiale mérite un accompagnement conséquent. Le financement du sport national ne peut être pensé exclusivement autour du football.
Mais l’appui public ne saurait devenir le seul modèle économique de la FEBACO. Une fédération moderne doit être capable de prévoir, négocier, convaincre et diversifier ses sources de revenus. Elle doit également savoir transformer les performances de ses athlètes en valeur médiatique et commerciale.
Le risque de voir certains joueurs ou membres de l’encadrement renoncer à cette campagne faute de garanties financières est donc plus qu’un simple incident administratif. Il menace directement la préparation et l’image de la sélection nationale.
La vraie question est désormais de savoir pourquoi, plusieurs mois après le début de cette campagne, les Léopards se retrouvent encore à attendre une solution financière.
Le potentiel du basketball congolais est réel. Son histoire, ses talents et son public en témoignent. Mais ce potentiel ne produira des résultats durables que s’il s’appuie sur une gestion prévisionnelle, une gouvernance transparente et une stratégie de financement qui dépasse les urgences.
Rédaction

