Une éclaircie dans un ciel toujours chargé. Six patients atteints de la maladie à virus Ebola ont quitté guéris, ce mercredi, l’Hôpital général de référence d’Isiro, dans la province du Haut-Uele. Après avoir vaincu le virus, ces survivants s’apprêtent désormais à retrouver leurs familles et leurs communautés, offrant une rare note d’espoir au milieu d’une flambée qui continue de mettre la République démocratique du Congo à rude épreuve.
Le gouverneur du Haut-Uele, Jean Bakomito, a salué ces guérisons tout en appelant la population à bannir la stigmatisation. Pour l’autorité provinciale, la victoire contre Ebola ne s’arrête pas à la sortie du centre de traitement : elle passe aussi par l’acceptation et la réintégration des survivants dans leurs communautés.
Cette étape est d’autant plus importante que la situation épidémiologique demeure préoccupante à l’échelle nationale. Au 10 août, la RDC comptait 4 449 cas confirmés et 2 061 décès, soit une létalité de 46,3 %. Cinquante nouveaux décès ont été enregistrés en l’espace de 24 heures.
La flambée touche désormais cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uele et la Tshopo, pour un total de 53 zones de santé affectées. À l’inverse, 886 patients ont recouvré la santé, tandis que 716 autres restent isolés ou hospitalisés. Le suivi des contacts atteint, pour sa part, 82,7 %.
L’Ituri demeure le principal foyer de cette 17ᵉ flambée liée au virus Bundibugyo, avec 28 zones de santé touchées sur 36. Au Nord-Kivu, 12 zones sur 34 sont concernées.
Dans le territoire de Lubero, la situation inquiète particulièrement. Les premiers cas confirmés y ont été rapportés le 4 août et la maladie y a déjà causé deux décès. Lubero devient ainsi la troisième zone de santé du territoire touchée, après Musienene et Masereka.
Dans ce tableau sombre, le Sud-Kivu apporte une respiration. La province a franchi plus de 42 jours sans nouvelle contamination confirmée et a été déclarée sortie de l’épidémie.
Dès le 19 juin, deux patients avaient déjà quitté guéris le centre de traitement d’Ebola de Lwiro, à Miti-Murhesa. Mais cette avancée ne suffit pas à inverser la tendance générale. Les spécialistes appellent à maintenir la vigilance et à renforcer la riposte.
–Muyembe et Africa CDC tirent la sonnette d’alarme-
Figure historique de la lutte contre Ebola, le professeur Jean-Jacques Muyembe estime que la réponse reste trop lente et manque encore de coordination.
Dans un entretien au Monde, le virologue déplore une riposte dans laquelle les différents acteurs semblent agir sans une architecture suffisamment cohérente. En trois mois seulement, le nombre de victimes s’est déjà rapproché de celui enregistré lors de l’épidémie de 2018, qui s’était pourtant étendue sur 22 mois.
Même préoccupation du côté de Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC. Selon lui, la flambée demeure hors de contrôle et son expansion n’est pas encore contenue.
Il attribue cette situation à plusieurs facteurs : détection tardive, arrivée tardive des malades dans les structures de soins, décès à domicile, interruptions de prise en charge, difficultés d’accès liées à la géographie ou à l’insécurité.
À cela s’ajoute l’absence, à ce stade, d’un vaccin et d’un traitement spécifiquement homologués contre le virus Bundibugyo. La sous-détection des formes moins sévères pourrait également contribuer à maintenir artificiellement la létalité à un niveau élevé.
Face à l’urgence, Africa CDC plaide pour un élargissement de l’utilisation d’Ervebo, actuellement le seul vaccin disponible contre Ebola, bien qu’il soit homologué contre la souche Zaïre.
Des données scientifiques, notamment issues de travaux sur des primates et d’études d’immunogénicité, laissent entrevoir une protection croisée potentielle contre les formes graves liées au Bundibugyo. Une efficacité clinique reste toutefois à démontrer.
La RDC devait soumettre, ce mercredi 12 août, une demande au Groupe international de coordination afin d’obtenir des doses supplémentaires, avec un soutien de Gavi pouvant atteindre 50 millions de dollars. La riposte a également été endeuillée par la disparition du docteur Charles Mbusa Munyumu, décédé le 10 août au centre de traitement de Katwa.
Neurochirurgien à l’hôpital secondaire de Matanda, il avait été formé notamment à Dakar et en France, où il était passé par l’hôpital Beaujon de Paris. Installé à Butembo depuis juin 2025, il y avait entrepris de développer une spécialité jusque-là inexistante dans la région. Sa disparition rappelle brutalement que les soignants eux-mêmes restent en première ligne face au virus.
-Une nouvelle piste sur l’origine de la flambée-
Sur le front scientifique, une étude acceptée par Nature Medicine apporte par ailleurs un nouvel éclairage sur l’origine de l’épidémie.
L’analyse de 22 génomes du virus Bundibugyo prélevés chez des patients congolais et ougandais révèle que les souches identifiées en 2026 constituent un groupe génétique distinct de celles observées en Ouganda en 2007-2008 et à Isiro en 2012.
Cette signature génétique renforce l’hypothèse d’une nouvelle transmission du virus de l’animal à l’homme, plutôt que celle d’une résurgence des anciennes souches.
À Isiro, les six guérisons offrent donc une respiration bienvenue. Mais derrière cette bonne nouvelle demeure une réalité implacable : avec plus de 4 400 cas confirmés, plus de 2 000 décès et une flambée qui continue de s’étendre, la RDC reste engagée dans une course contre la montre.
Roger Kingenzi

