Le débat sur les origines de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo est souvent résumé à une formule : « trente ans d’agression rwandaise ». Cette lecture traduit une réalité incontestable, celle des multiples interventions de Kigali sur le territoire congolais. Mais, elle ne suffit pas à expliquer à elle seule, la permanence de la crise.
La responsabilité du Rwanda dans les conflits récurrents à l’Est de la RDC est largement documentée sur les plans diplomatique et international néanmoins, la crise congolaise ne peut être analysée uniquement sous l’angle de l’agression extérieure. Ne dit-on pas au Congo que » le vers qui détruit la graine est dans la graine »? Les occasions de paix, les choix politiques internes et les rivalités pour le pouvoir constituent également des variables essentielles pour comprendre pourquoi le pays replonge périodiquement dans la violence.
Entre 1996 et 2004, la RDC a traversé une guerre régionale d’une ampleur exceptionnelle avant l’installation des institutions de transition. Les accords politiques de l’époque avaient ouvert une fenêtre de réconciliation nationale et de réunification du pays. Plus tard, les crises du CNDP puis du M23 ont donné lieu à des réponses successivement politiques et militaires, avec notamment la défaite du M23 en 2013, qui avait nourri l’espoir d’une stabilisation durable. La question centrale demeure donc celle-ci : pourquoi cette paix n’a-t-elle pas résisté ?
L’Accord-cadre d’Addis-Abeba avait fixé des engagements précis tant pour la RDC que pour les États de la région. Pourtant, au fil des années, les divisions internes, les calculs politiques et les rivalités autour de la conquête du pouvoir ont progressivement fragilisé les acquis. Les soupçons de contacts, de médiations discrètes ou de rapprochements entre certains responsables congolais et Kigali ont alimenté un climat de méfiance dont les conséquences continuent de peser sur la stabilité nationale.
Le cas régulièrement évoqué dans le débat public, notamment celui de Jean-Claude Ibalanky, illustre les interrogations persistantes sur la gestion des relations entre Kinshasa et Kigali. Toutefois, cette situation relève d’allégations, de controverses politiques ou d’affaires qui méritent d’être établies par des preuves et, le cas échéant, par la justice, plutôt que d’être considérées comme des certitudes. C’est précisément là que réside l’enjeu.
Une nation ne consolide pas sa souveraineté uniquement en dénonçant les agressions extérieures. Elle la renforce également en exigeant de la transparence de ses dirigeants, en protégeant ses institutions contre les infiltrations et en mettant fin aux divisions qui offrent à des puissances étrangères des opportunités d’influence. L’histoire récente montre une constante inquiétante : les alliances de circonstance avec des acteurs extérieurs ont souvent accompagné les grandes séquences de la compétition politique congolaise.
Chaque génération de dirigeants semble avoir été confrontée à cette tentation, avec des conséquences parfois dramatiques pour la cohésion nationale. La paix durable ne pourra donc naître ni du seul rapport de force militaire ni de la seule dénonciation du voisin rwandais. Elle exige une véritable introspection politique. La RDC doit certes poursuivre ses efforts diplomatiques pour faire reconnaître les responsabilités extérieures dans le conflit, mais elle doit également tirer les leçons de ses propres erreurs, renforcer ses institutions et placer l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles.
L’Est du Congo n’a pas seulement besoin de la fin d’une guerre. Il a besoin de la fin d’un cycle où les rivalités politiques internes et les ingérences étrangères se nourrissent mutuellement. C’est à cette condition que les sacrifices consentis depuis près de trois décennies pourront enfin ouvrir la voie à une paix véritable et durable.
Willy Makumi Motosia

