Le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo révèle, dans son dernier rapport transmis au Conseil de sécurité, l’ampleur de l’implication militaire du Rwanda dans l’offensive ayant conduit à la prise d’Uvira par la rébellion de l’AFC/M23 en décembre 2025. Le document décrit une opération minutieusement planifiée, appuyée par des milliers de soldats rwandais, de l’artillerie lourde et des équipements militaires de haute technologie.
Selon les experts, l’AFC/M23 et les Forces de défense rwandaises (RDF) ont lancé, à la fin du mois de novembre 2025, une offensive de grande envergure le long du corridor Bukavu-Uvira (RN5) et des axes voisins afin de s’emparer de la plaine de la Ruzizi et de la ville d’Uvira. L’objectif était notamment de contraindre le Burundi à se désengager du conflit et d’empêcher son territoire de servir de base logistique aux forces alliées de Kinshasa dans le Sud-Kivu.
« Les avancées réalisées simultanément à Lemera et dans les Moyens Plateaux visaient à s’emparer de positions stratégiques afin d’ouvrir la voie à de nouvelles offensives en direction de Minembwe, de briser l’encerclement de la ville par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les FARDC, et de faire pression pour que la FDNB se retire du territoire de Mwenga. Les objectifs suivants consistaient notamment à prendre Kalemie et les Hauts Plateaux, puis, à terme, à prendre le contrôle du Sud-Kivu », indique le rapport.
Le document revient également sur les justifications avancées publiquement par l’AFC/M23, qui présentait cette offensive comme une réponse à une prétendue campagne de nettoyage ethnique visant la communauté Banyamulenge et à la présence supposée des FDLR aux côtés des FARDC et de la FDNB.
Toutefois, les experts de l’ONU affirment n’avoir trouvé aucun élément corroborant cette version.
« Le Groupe d’experts n’a trouvé aucune preuve indiquant que ces éléments constituaient une menace directe pour le Rwanda susceptible de justifier une intervention militaire en République démocratique du Congo », souligne le rapport.
Les experts attribuent par ailleurs la coordination de l’offensive à plusieurs hauts responsables militaires. Ils indiquent que la prise d’Uvira, le 10 décembre 2025, a été conduite sous le commandement direct de Sultani Makenga et Bernard Byamungu, avec un rôle central joué par le général à la retraite James Kabarebe.
« L’offensive sur Uvira a été menée sous le commandement direct de MM. Makenga et Byamungu. Il a été établi que James Kabarebe, général à la retraite de la RDF, avait joué un rôle clé dans la coordination de l’offensive. Des sources de l’AFC/M23 et de la RDF ont fait part, dès le début d’octobre, de leur intention de prendre Uvira, ce qui donne à penser que l’opération avait été soigneusement planifiée par l’AFC/M23 et le Rwanda », précise le document.
Le rapport détaille surtout les moyens militaires mobilisés par Kigali pour soutenir cette opération.
« Le Rwanda avait déployé plus de 8 000 soldats de la RDF, y compris des membres des forces spéciales, et acheminé du matériel militaire lourd et de pointe vers les lignes de front de la plaine de la Ruzizi, notamment des systèmes de brouillage, des lance-roquettes multiples de type BM-21, des mortiers de 120 mm guidés par GPS, ainsi que des drones kamikazes et des drones à pilotage immersif, dans l’objectif de remporter une victoire rapide. Des tirs d’artillerie lourde et des bombardements ont été signalés, notamment des tirs de roquettes BM-21 depuis Kamanyola les 4 et 5 décembre. Les tirs d’artillerie transfrontaliers du 5 décembre ont également fait des victimes parmi la population civile de Cibitoke, au Burundi », rapportent les experts.
Le Groupe d’experts estime que cette offensive a considérablement accru le risque d’une confrontation directe entre le Rwanda et le Burundi, après des accusations mutuelles de tirs d’artillerie. La fermeture des frontières par Bujumbura et le renforcement de son dispositif militaire ont illustré cette montée des tensions.
Concernant le retrait des rebelles d’Uvira le 18 janvier 2026, les experts estiment qu’il ne s’agissait pas d’un véritable désengagement, mais d’un repositionnement tactique obtenu sous la pression de la communauté internationale.
« Présenté comme un geste de bonne volonté, ce retrait constituait en réalité une manœuvre stratégique qui a été suivie d’un renforcement des positions de l’AFC/M23 et de la RDF. Leurs forces se sont redéployées dans des zones adjacentes, en violation des engagements pris en matière de retrait. Des redéploiements coordonnés ont été effectués afin de sécuriser les principaux axes routiers du Sud-Kivu, notamment par le renforcement des positions dans les Moyens et les Hauts Plateaux », conclut le rapport.
Au moment de la rédaction du document, les experts affirment que l’AFC/M23 et les Forces de défense rwandaises poursuivaient le renforcement de leurs effectifs dans la plaine de la Ruzizi, tandis que plusieurs groupes armés alliés continuaient d’opérer dans cette partie du Sud-Kivu, alimentant les craintes d’une régionalisation durable du conflit.
Christian-Moses Masunga

