RDC : Vital Kamerhe dénonce la « contradiction » de Joseph Kabila et l’exhorte à renoncer aux armes

Le président honoraire de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, critique vivement la prise de direction du Front pour la refondation de la nation (FRN) par Joseph Kabila. Il dénonce le décalage entre les appels à la paix de l’ancien chef de l’État et son engagement à la tête d’un mouvement politico-militaire comprenant l’AFC/M23. Il réaffirme, par ailleurs, son soutien à Félix Tshisekedi et plaide pour une résolution des différends par le dialogue.

Depuis Paris où il séjourne depuis quelques semaines, Vital Kamerhe hausse le ton contre Joseph Kabila. Dans une déclaration consacrée à la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), sous la direction de l’ancien président de la République, le président honoraire de l’Assemblée nationale estime que cette évolution constitue un « tournant grave » dans la vie politique congolaise.

Au cœur de ses critiques : ce qu’il considère comme une contradiction entre les appels à la paix lancés par Joseph Kabila et son engagement à la tête d’un mouvement politico-militaire.

« Vous appelez à la paix dans vos discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes. Le peuple vous jugera sur vos actes », lance Vital Kamerhe, qui exige davantage de cohérence de la part de celui qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans.

Pour étayer son argumentaire, l’ancien président de l’Assemblée nationale rappelle le discours prononcé par Joseph Kabila le 9 octobre 2026, dans lequel ce dernier évoquait la paix. Trois jours plus tard, le 12 octobre, l’annonce de sa prise de direction du FRN, présenté dans sa déclaration comme une coalition politico-militaire comprenant l’AFC/M23, est venue, selon lui, contredire ce message.

-Dix-huit ans de pouvoir : Kamerhe renvoie Kabila à son bilan-

Vital Kamerhe reproche également à l’ancien chef de l’État de vouloir se présenter comme un recours pour un pays dont il a lui-même dirigé les destinées pendant près de deux décennies.

« On n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur », martèle-t-il, appelant chaque acteur politique à assumer sa part de responsabilité dans l’histoire tumultueuse de la RDC.

Pour Kamerhe, les dix-huit années passées au pouvoir par Joseph Kabila auraient dû servir à renforcer l’armée, consolider les institutions, impulser le développement et protéger les populations congolaises.

Il estime dès lors que l’ancien président ne peut se soustraire à la responsabilité de son bilan en dénonçant les difficultés actuelles du pays. À ses yeux, une nouvelle aventure armée ne saurait constituer une solution aux problèmes de gouvernance et de sécurité auxquels la RDC reste confrontée.

-Soutien renouvelé à Félix Tshisekedi-

Sur le plan politique, Vital Kamerhe réaffirme son soutien au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qu’il qualifie d’« allié et partenaire politique ».

L’évolution de la situation autour de Joseph Kabila conforte, selon lui, les mises en garde du Chef de l’État face à une menace contre laquelle il appelle les Congolais à resserrer leurs rangs.

Kamerhe insiste notamment sur la défense de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’ordre constitutionnel. Il appelle les citoyens, au-delà de leurs appartenances politiques, à une mobilisation pacifique et responsable pour empêcher que la violence armée ne détermine une nouvelle fois l’avenir du pays.

« À quoi bon prendre les armes pour finir autour des tables de négociation ? »

Fort de son expérience dans la gestion des conflits, Vital Kamerhe défend le dialogue comme seule voie susceptible d’éviter de nouvelles pertes en vies humaines.

« À quoi bon prendre les armes pour finir autour des tables de négociation alors que le dialogue aurait pu permettre d’éviter tant de pertes en vies humaines ? », s’interroge-t-il.

L’ancien président de l’Assemblée nationale exhorte ainsi les responsables du FRN à abandonner leur projet armé et à privilégier une solution politique aux divergences qui les opposent au pouvoir de Kinshasa.

Il rappelle que les rébellions successives n’ont pas permis d’apporter aux Congolais la sécurité, la justice et la prospérité auxquelles ils aspirent. Derrière chaque affrontement, souligne-t-il, se trouvent des familles endeuillées, des enfants privés d’école, des femmes exposées aux violences et des populations contraintes de fuir leurs terres.

-Un appel à rompre avec le cycle des rébellions et des dialogues-

Au-delà de Joseph Kabila, Vital Kamerhe appelle l’ensemble de la classe politique à rejeter la rébellion comme mode d’accès au pouvoir. Il plaide pour que les divergences politiques soient réglées sans violence et que les futurs dialogues contribuent réellement à mettre fin aux conflits récurrents.

Son message s’adresse particulièrement aux populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, durement éprouvées par l’insécurité. Pour ces compatriotes, insiste-t-il, la sécurité et le droit de vivre en paix doivent primer sur les ambitions politiques.

En conclusion, Kamerhe appelle les Congolais et les Africains à privilégier la solidarité, la cohésion et le respect mutuel, estimant que l’avenir de la nation doit être placé au-dessus des intérêts personnels.

Rédaction