Elle a disparu sous terre pendant neuf semaines. Elle s’apprête désormais à en ressortir, mais cette fois, sous le regard des scientifiques. Enfouie sur la côte de Moanda dans le Kongo-central après son échouage, la baleine doit être exhumée à la suite de l’annonce faite par la ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo. Une opération qui pourrait transformer une scène d’échouage en véritable fenêtre sur la biodiversité marine congolaise.
Pour l’expert en environnement Malick Mwamba Tshibangu, la RDC tient là une occasion qu’elle ne devrait pas laisser passer. La dépouille peut encore renfermer des informations sur la biologie de l’animal, son environnement et plus largement, sur les cétacés présents dans les eaux congolaises.
Mais avant de chercher les réponses, il faudra savoir comment sortir le spécimen de terre. Pas question, selon lui, de procéder comme lors d’une simple récupération de carcasse. Chaque geste devra être pensé, documenté et enregistré. « Une situation exceptionnelle exige une réponse scientifique exceptionnelle », insiste le professeur Muamba.
C’est dans cette perspective qu’il propose la création d’une commission scientifique et technique placée sous l’égide du gouvernement. Son rôle ne se limiterait pas à la baleine de Moanda. Elle pourrait établir les bases d’une procédure nationale pour les grands animaux retrouvés morts en RDC, qu’ils viennent de la mer ou de la terre.
Car derrière une carcasse peut se cacher une mine d’informations. Une baleine, un éléphant, un hippopotame, un dauphin ou encore un grand primate peut renseigner les chercheurs sur une espèce, son milieu de vie ou certaines menaces qui pèsent sur elle. Certains spécimens peuvent même, une fois conservés, devenir des références pour la recherche et l’enseignement.
Pour le spécialiste, le travail doit commencer avant même l’apparition de la première partie de la dépouille. Le site devra être sécurisé et photographié. Sa localisation exacte, la profondeur d’enfouissement, la nature du sol, les matériaux utilisés pour recouvrir l’animal et les conditions du milieu devront être consignés.
Puis viendra l’étape la plus délicate : faire remonter progressivement la dépouille sans bouleverser son état. Les éléments découverts devront être photographiés, identifiés, numérotés et conservés avec une traçabilité précise.
Des prélèvements pourraient ensuite être confiés à différents spécialistes. Selon leur état, ils pourraient faire l’objet d’analyses ADN, histologiques, microbiologiques ou isotopiques. Autant de pistes susceptibles de transformer les restes de la baleine en données scientifiques exploitables.
Et il n’y a pas que les tissus qui intéressent les chercheurs. Le squelette pourrait constituer l’un des éléments les plus précieux de cette opération.
C’est l’autre bataille que veut ouvrir Malick Mwamba Tshibangu. Une fois l’exhumation terminée, que faire du spécimen ? Si son état de conservation le permet, l’expert préconise sa restauration et son installation dans une institution scientifique ou un musée. La baleine pourrait alors servir aux chercheurs, aux étudiants et au grand public.
Elle pourrait également devenir un support de sensibilisation à la biodiversité marine congolaise, voire un atout pour le tourisme scientifique et environnemental.
L’idée est donc de ne pas laisser cette histoire s’achever avec l’exhumation. Pour le professeur Mwamba, l’expérience de Muanda doit pousser la RDC à anticiper les prochaines découvertes et à se doter de règles claires pour leur prise en charge.
La baleine pourrait ainsi connaître une étonnante seconde vie. Après avoir été une dépouille échouée sur le littoral, elle pourrait devenir un spécimen de recherche, un outil pédagogique et, pourquoi pas, une pièce du patrimoine naturel et scientifique congolais.
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